La France avant la Révolution : une lente gestation
C’est sous l’autorité des Capétiens que se construit progressivement le territoire et que se mettent en place les institutions et l’administration qui le gèrent et l’organisent. Le choix de
Paris comme capitale est à cet égard décisif : le territoire et l’État qui en émane trouvent là un centre à partir duquel l’unité de la France se réalise. Il est également important de
noter qu’un grand brassage humain a eu lieu durant ces époques, des peuples se sont croisés, mêlés pour finalement déterminer en partie les souches de population de certaines régions mais,
surtout, ils se sont fondus dans le creuset qui deviendra la France.
Le legs de la Révolution et de l’Empire
La France s’affirme comme nation avec la Révolution de 1789. L’idéal affiché est celui de la liberté de chacun dans le respect de tous, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes,
d’institutions faites pour garantir le bien-être social... Ces aspirations, formulées dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, sont héritières de la
philosophie des Lumières du XVIIIe siècle et fortement imprégnées de la pensée d’auteurs comme Montesquieu, qui a posé le principe de la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et
judiciaire dans L’Esprit des lois (1748), ou comme Jean-Jacques Rousseau qui développe les notions d’égalité politique et de souveraineté du peuple dans Du contrat social (1762). Ces
principes ne seront cependant pas immédiatement acquis. S’ils sont inscrits en grande partie dans la première Constitution, dont la France s’est dotée en 1791, et encore plus largement dans
celle de 1793, il faudra du temps, de nombreux combats politiques et des luttes sociales avant qu’ils ne deviennent des droits inaliénables. La guerre civile à l’intérieur, les combats
qu’il faut mener sur tous les fronts contre les États européens coalisés contre la France aboutissent à la mise en place de la Terreur, bien éloignée des nobles principes de 1789. Après
l’exécution de Robespierre en juillet 1794, la Convention thermidorienne (1794-1795) et le Directoire (1795-1799) conduisent à la prise du pouvoir par Bonaparte, consul de 1799 à 1804 puis
empereur des Français.
La monarchie, abolie en 1792, cède la place à l’Empire, bien différent dans ses structures et son organisation mais où les Français se retrouvent sujets, comme par le passé, après avoir été
d’éphémères citoyens. La France tente alors d’imposer son modèle et ses institutions à une partie importante de l’Europe ; mais la volonté initiale d’apporter la liberté aux "peuples
opprimés" s’est vite muée en conquêtes et en annexions. Elle perd finalement son Empire en 1815 mais ne recouvre pas pour autant liberté et démocratie puisque la monarchie est restaurée
avec Louis XVIII. Même si la Révolution de 1848 met en place la IIe République, comme la Première, elle débouche sur un coup d’État, celui de Louis- Napoléon Bonaparte en 1851 et
l’instauration du Second Empire (1852-1870).
Cependant, durant cette longue période, derrière l’instabilité politique s’opèrent des changements de fond à travers lesquels se construit la France moderne. Ils sont d’abord d’ordre
territorial et administratif. La Révolution et l’Empire vont perfectionner l’œuvre centralisatrice entreprise sous l’Ancien Régime avec par exemple la création des
départements.
De la Révolution au Second Empire une profonde transformation de l’économie et de la société a également lieu : développement de l’industrie, création de banques et de grands magasins qui
inaugurent le système de distribution moderne, remodelage urbain, extension importante du réseau de chemins de fer, politique de reboisement et de lutte contre l’érosion... Le progrès
social reste quant à lui à la traîne et, dans cette première moitié du XIXe siècle, les conditions de vie sont dures et la misère aiguë pour le prolétariat qui s’entasse dans les villes
industrielles.
1870-1914 : la France républicaine, crises et consolidation
Après la défaite de la France devant l’Allemagne en 1870, la IIIe République apparaît, en dépit des turbulences internes qu’elle doit surmonter et de la Première Guerre mondiale qui
meurtrira profondément le pays, comme une période de stabilisation et de consolidation.
Jusqu’à la guerre de 1914, la République doit faire face à deux crises graves qui menacent son existence même : le boulangisme (1886-1889), qui rallie des mécontentements de toutes origines
et menace les fondements parlementaires du régime, et l’affaire Dreyfus (1894-1899), qui révèle l’ampleur de l’antisémitisme en France et les divisions profondes qui partagent le corps
social et les courants politiques. Ces crises sont d’autant plus menaçantes pour la République qu’elles se déroulent sur un fond de tensions sociales et politiques vives
Cependant, les acquis de cette période sont importants sur le plan institutionnel et social et dans le domaine des libertés publiques. Aux lois de 1882 et 1885 instituant l’école primaire
obligatoire et gratuite, s’ajoutent les lois sur la liberté de la presse (1881), la liberté syndicale (1884), la réglementation du travail des femmes et des enfants (1892), la liberté
d’association (1901). La modernisation économique se poursuit en dépit de crises conjoncturelles et la France est l’un des principaux berceaux des innovations scientifiques et techniques
qui sont à l’origine de la deuxième révolution industrielle. Pendant la Belle Époque qui précède la Grande Guerre, le rayonnement international de la France est grand : elle dispose du
deuxième empire colonial du monde, joue un rôle diplomatique de premier plan et s’impose comme le pays phare de l’art et de la culture.
1914-1945 : d’une guerre à l’autre
Les premières années du XXe siècle voient la mon tée des tensions internationales en Europe. L’assassinat du prince héritier d’Autriche-Hongrie par un Serbe de Bosnie, le 28 juin 1914
à Sarajevo, alors sous domination autrichienne, est l’étincelle qui met le feu aux poudres : le système d’alliance patiemment constitué fonctionne et conduit au déclenchement de la Première
Guerre mondiale. Les Français sortent victorieux de ce conflit long de quatre années mais le bilan est lourd pour le pays comme pour les autres États d’Europe qui ont participé à la guerre.
Le nord et l’est du territoire ont été dévastés, l’effort de guerre a épuisé les finances et l’économie nationale et interrompu les progrès sociaux engagés ; mais surtout, la guerre se
solde par un véritable désastre humain : près d’1,5 million d’hommes jeunes ont été tués et près de 3 millions blessés.
La vie politique des années vingt est ensuite dominée par des coalitions de droite, à l’exception de la période 1924-1926 où le Cartel des gauches, unissant socialistes et radicaux, est au
pouvoir. Cependant, la crise économique des années trente, les difficultés financières et sociales, la détérioration de la situation internationale avec l’arrivée au pouvoir du fascisme en
Italie et du nazisme en Allemagne, aggravent les divisions dans le pays et favorisent la montée de nombreux mouvements antiparlementaires, conservateurs nationalistes et d’ex- trême droite
qui s’organisent en « ligues ».
Ces organisations multiplient les manifestations violentes, comme celle du 6 février 1934 qui suscite en réaction une alliance antifasciste rassemblant les socialistes, les communistes et
les radicaux et donne naissance au Front populaire. La gauche réunie triomphe aux élections de 1936 et le gouvernement de Front populaire, avec Léon Blum à sa tête, réalise d’importantes
réformes : semaine de travail de quarante heures, conventions collectives, congés payés, premières nationalisations… Toutefois, les divisions intérieures et surtout les difficultés
extérieures ne sont pas réglées. Après avoir cru échapper aux hostilités par les concessions faites à Hitler à Munich, en 1938, le nouveau président du Conseil, Édouard Daladier, engage le
pays, aux côtés des Britanniques, dans la Seconde Guerre mondiale (3 septembre 1939).
La débâcle de l’armée devant l’invasion nazie, en mai 1940, jette des millions de civils sur les routes de l’exode. L’armistice est signé le 22 juin 1940. La France est divisée en deux
zones, l’une occupée et l’autre libre. La IIIe République s’effondre ; le 10 juillet 1940, le Parlement donne tout pouvoir au maréchal Pétain, héros de la Première Guerre mondiale, qui met
en place à Vichy, capitale provisoire, un régime nouveau, l’État français : régime à caractère personnel, autoritaire, corporatiste et discriminatoire à l’égard des Juifs. La collaboration
avec l’Allemagne nazie est engagée le 24 octobre 1940 par l’entrevue de Montoire entre Pétain et Hitler. Elle conduit le régime de Vichy à apporter son appui aux vainqueurs en soutenant
l’effort de guerre allemand, en traquant les opposants au nazisme et en livrant les Juifs à la déportation.
Cependant, la Résistance qui s’est manifestée dès les premiers jours de l’Occupation sera le ferment d’une France nouvelle qui prend les rênes du pays après la guerre. On peut dresser son
acte de naissance au 18 juin 1940, quand le général de Gaulle appelle de Londres les Français à poursuivre le combat aux côtés des Alliés. Le Conseil national de la résistance (CNR) unit
les principales organisations de résistants ; de Gaulle, alors installé à Alger, met sur pied le gouvernement provisoire de la République française, issu du CNR.
La guerre se termine avec la capitulation de l’Allemagne nazie le 8 mai 1945. L’action de la Résistance, personnifiée par de Gaulle, a permis à la France pourtant militairement vaincue, de
conserver son rang sur la scène internationale.
La reconstruction : 1945-1958
Deux guerres en trente ans ont représenté pour la France une période d’épreuves. Les pertes humaines ont été moindres pendant la Seconde Guerre (600 000 morts environ) que pendant le
premier conflit mondial. En revanche, les pertes matérielles sont beaucoup plus lourdes. Combats et bombardements ont détruit villes, usines, ponts, gares et voies ferrées. S’y ajoutent les
pertes causées par l’exploitation intensive par l’occupant, d’une économie asservie. Cependant, on peut parler de véritable élan dans la remise sur pied du pays ; les temps sont difficiles
mais la paix restaure la confiance en l’avenir, comme en témoigne la vigoureuse reprise démographique du baby- boom, et l’aide américaine du plan Marshall permet de parer au plus
pressé.
Dès 1945 et bien que la situation soit difficile, des mesures d’urgence sont prises : nationalisations de secteurs clés de l’économie (énergie, transport aérien, banques de dépôt,
assurances) et de grandes entreprises (Renault), création de la Sécurité sociale, des comités d’entreprise et mise en œuvre d’une planification économique dont la responsabilité est confiée
à Jean Monnet.
De Gaulle quitte le gouvernement en janvier 1946 n’étant plus soutenu par les forces politiques issues de la Résistance. Il faut ensuite deux assemblées constituantes élues au suffrage
universel (le vote des femmes a été instauré en 1944) et trois référendums pour que soit enfin adoptée la Constitution de la IVe République, promulguée le 27 octobre 1946, qui institue une
Assemblée nationale toute-puissante et un Président aux pouvoirs limités.
Aux divisions politiques internes s’ajoutent bientôt celles nées de la guerre froide et de la décolonisation. Malgré l’opposition des communistes, la France affirme son atlantisme et se
range résolument dans le camp occidental. Par ailleurs, après la division de l’Allemagne, la France opte pour une politique d’entente avec la RFA qui sera à la base de la construction
européenne.
La IVe République devra faire face à une grave crise engendrée par la décolonisation. Celle-ci commence en Indochine, d’où la France doit se retirer après huit années d’une guerre
difficile. Pierre Mendès France, président du Conseil, met fin au conflit (accords de Genève, le 20 juillet 1954). Le Maroc et la Tunisie deviennent indépendants en 1956, tandis qu’une
décolonisation pacifique s’amorce en Afrique noire. La décolonisation de l’Algérie, en revanche, donne lieu à un conflit qui durera de 1954 à 1962 et sera fatal à la IVe République.
La France depuis 1958
A la suite d’émeutes de Français d’Algérie, le 13 mai 1958 à Alger le général de Gaulle est appelé par le président de la République, René Coty, à assumer la direction du gouvernement. Il
met en chantier l’élaboration du texte constitutionnel qui va organiser le nouveau mode de fonctionnement des institutions. La Constitution de la Ve République est adoptée par référendum le
28 septembre 1958. Elle accorde une place éminente au président de la République. De Gaulle est investi de cette fonction suprême par un collège de députés, sénateurs et élus locaux, le 21
décembre 1958.
C’est à partir de 1960 que les pays d’Afrique française accèdent à l’indépendance et vont garder avec la France des liens privilégiés. Les accords d’Evian approuvés massivement par un
référendum le 8 avril 1962 mettent fin au conflit algérien en accordant l’indépendance à ce pays. Par ailleurs, de Gaulle fait adopter l’élection du chef de l’État au suffrage universel
direct. Il est élu président le 19 décembre 1965.
La prospérité économique et l’assainissement monétaire permettent au général de Gaulle de mener une politique extérieure très active. Son but est d’affirmer l’indépendance et le rôle
mondial de la France. Cependant, au cours des années soixante, les profondes mutations de l’économie française, ainsi que les changements sociologiques importants qu’enregistre le pays
suscitent des inquiétudes et des aspirations sociales nouvelles. Les évènements de mai-juin 1968 catalysent ces revendications. Moins d’un an plus tard le général de Gaulle quitte
définitivement le pouvoir.
Georges Pompidou lui succède (élection du 15 juin 1969). Après la mort prématurée de ce dernier, Valéry Giscard d’Estaing est élu président de la République, le 19 mai 1974. Le septennat de
V. Giscard d’Estaing s’accomplit sur fond de changement économique radical, la forte croissance des Trente Glorieuses s’achève au milieu des années soixante-dix et la France entre dans une
crise durable. D’importantes réformes sont cependant accomplies : majorité à dix-huit ans, autorisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), fin de la censure au cinéma et dans
l’audiovisuel.
Alors que la majorité au pouvoir connaît des dissensions politiques croissantes, l’opposition met en place, dans les années soixante-dix, une stratégie de conquête du pouvoir sous la
direction de François Mitterrand, et, pour la première fois sous la Ve République, la gauche accède au pouvoir, avec l’élection de F. Mitterrand à la présidence de la République en mai
1981. Il est élu pour un second septennat en 1988. Ses deux septennats sont marqués par un ensemble de mesures sociales. En 1995, Jacques Chirac est élu à la présidence de la
République. Il est réélu en mai 2002 pour cinq ans.
La cohabitation a sans doute été la grande nouveauté politique de la période récente. Elle intervient quand le président de la République et le gouvernement issu de la majorité
parlementaire appartiennent chacun à l’un des camps qui se partagent la vie politique en France